Histoire

XIXe et XXe siècles : outrages et renouveau d'un monument historique

Tableau de Gustave Noël. Le château d'Amboise au XIXe s

Tableau de Gustave Noël. Le château d'Amboise au XIXe s

Le Consulat (1799-1804) et l’Empire (1804-1814/1815) ouvrent une nouvelle page dans la vie du Château. Amboise est offert en 1803 au Sénateur Roger Ducos (1747-1816), ancien membre du Directoire, que le Premier Consul Napoléon Bonaparte (futur Napoléon 1er) (1769-1799/ 1804-1814-1815-1821) tient à remercier pour son aide dans sa prise de pouvoir. Pour « rénover le Château », le Sénateur ordonne dès 1806 la destruction des bâtiments en ruine (le logis des Sept-Vertus et des bâtiments attenant) ou inutiles. Il fait notamment abattre l’aile Henri II et la Collégiale Saint-Florentin (édifice du XIème siècle) et la maison canoniale. Le jardin est également remanié. Tous les travaux sont achevés en 1811.

En 1814, lors de la première Restauration, le Château est restitué à l’héritière du duc de Penthièvre, Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse d’Orléans (1753-1821) revenue de son exil espagnol. Après avoir temporairement – durant les Cent Jours – retrouvé sa vocation de forteresse carcérale, Amboise est rendu définitivement à la famille d’Orléans en 1815.

Buste Louis-Philippe. Château d'Amboise©FSL
Buste Louis-Philippe

A sa mort, la duchesse transmet le domaine d’Amboise à son fils Louis-Philippe (1773- 1830/1848-1850), futur roi des Français. Il fait procéder à des rénovations afin de transformer le château en lieu de villégiature. Ces travaux sont confiés à l’architecte de renom Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853) et à son disciple, Pierre-Bernard Lefranc (1795-1856). Le roi Louis-Philippe 1erardent défenseur du patrimoine français, soutient le classement des monuments emblématiques de l’Histoire nationale, au premier rang desquels figure Amboise, classé dès 1840

La Révolution de 1848 provoque l’exil de Louis-Philippe I er et le château est placé sous séquestre. Ce lieu est de nouveau affecté à la détention d’un prisonnier de marque, l’Émir Abd el-Kader (1808-1883) chef déchu de la rébellion algérienne, qui y est incarcéré avec sa suite à partir de novembre 1848.

La promesse faite à l’Émir lors de sa reddition de le transférer en terre d’Islam ne sera honorée que quatre années plus tard par le prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1848/ 1852-1873), venu lui signifier sa libération à Amboise en octobre 1852.

L’Emir quitte la France pour Brousse, Constantinople (Turquie) puis Damas (Syrie). Mais il laisse derrière lui des amitiés sincères nouées avec les amboisiens et le souvenir de 25 membres de sa suite décédés puis inhumés au Château. Les amboisiens contribuent d’ailleurs à l’édification d’un mausolée sur une terrasse du château en 1853 (le « Jardin d’Orient », conçu par Rachid Koraïchi, fut aménagé sur le lieu même des sépultures et du mausolée en 2005).

La chute du Second Empire (1852-1870) et l’avènement de la IIIème République (1870-1940) marquent le retour du domaine dans le patrimoine des Orléans. Un vaste programme de restauration du château est engagé à l’initiative de Philippe (1838-1894), Comte de Paris et petit-fils de Louis Philippe I er. Ce dernier étant désormais inventorié comme un monument historique, l’État désigne un architecte afin de mener le chantier. Il s’adresse à Victor-Marie-Charles Ruprich-Robert (1820-1887) et à son fils Gabriel après lui, tous deux inspecteurs des monuments historiques. Ils réalisent un travail de restauration remarquable sur la Chapelle SaintHubert, le logis Charles VIII et la Tour des Minimes (1874-1879), puis de l’aile Renaissance (1896- 1897) et de la Tour Heurtault (1906).

Le duc d’Aumale (1822-1897) fait diligenter les travaux. Il meurt trois ans plus tard et le château, qui abritait déjà un hospice, est transformé selon ses vœux en un dispensaire pour les anciens serviteurs de sa famille en 1901. Le Château d’Amboise est intégré dans le patrimoine de la Société civile du domaine de Dreux créée en 1886 pour gérer le patrimoine historique de la Maison de France.

Le dernier épisode tragique pour le Château et la ville d’Amboise a lieu pendant la Seconde Guerre mondiale. Dès le 4 septembre 1939, le château est réquisitionné. L’accès des touristes à la chapelle et au chemin de ronde de la Tour Heurtault est maintenu jusqu’au 22 mai 1940.

En juin 1940, l’armée française en pleine débâcle se replie progressivement au sud de la Loire. Du 4 au 15 juin 1940, le logis royal du château est ainsi le siège éphémère du Ministère de l’Air qui poursuit ensuite son repli sur Bordeaux.

Les 18 et 19 juin 1940, un régiment de tirailleurs sénégalais résiste avec une remarquable bravoure à l’entrée des troupes allemandes à Amboise. Les dégâts matériels sont importants (une centaine d’obus tombent sur le château) et touchent la Chapelle, la tour Garçonnet et celle des Minimes. Après son évacuation, le château souffre pendant 15 jours de l’afflux incontrôlé de réfugiés et de troupes allemandes. Puis il est utilisé par les troupes d’occupation comme entrepôt d’armes et de poste de communication et détection aérienne.

En juillet 1944, il subit un bombardement allié qui endommage les façades du logis, les vitraux et toiture de la chapelle Saint-Hubert. Le 1er août 1944, le château est déserté par les dernières unités de l’armée allemande.

L’inventaire des dégâts est réalisé quelques jours plus tard. L’Etat apporte son concours à la campagne de restauration engagée à partir de 1952.

La Société civile du domaine de Dreux est transformée en 1974 en Fondation Saint-Louis à la faveur de l’évolution de la législation sur la gestion de biens culturels. La Fondation propriétaire des lieux lance un important programme de restauration et de mise en valeur du monument.

>>Voir site officiel de la Fondation Saint-Louis