Le grand tableau du peintre François-Guillaume Ménageot « La mort de Léonard de Vinci » (1781) est l’un des trésors du château royal d’Amboise.

Cette œuvre aux dimensions impressionnantes (dimensions) est présentée au premier étage du logis royal, dans la chambre du roi. Elle figure les derniers instants de la vie de Léonard de Vinci, rendant l’âme dans les bras du roi François Ier. Cette peinture marque pour sa portée hautement symbolique : elle associe l’un des plus grands génies humains à un souverain resté dans l’Histoire comme un grand protecteur des arts.

 

Une version revisitée de l’Histoire 

 

Si la représentation est séduisante, il s’avère que le récit qu’elle porte est historiquement inexact. On sait aujourd’hui que lors du décès de Léonard de Vinci, le 2 mai 1519 au Clos Lucé, le roi François Ier n’est pas présent en Val de Loire. Des écrits signés de sa main attestent de sa présence en Île-de-France ce jour-là. Il s’est rendu à Saint-Germain-en-Laye pour la naissance de son second fils.

 

Cette scène fictive a été inspirée au peintre et à son commanditaire (le roi Louis XVI) par un récit du XVIe siècle, signé par un certain Giorgio Vasari. Ce « chroniqueur des stars » avant l’heure la dépeint avec un luxe de détail dans un ouvrage consacré à 200 artistes de l’époque. A-t-il voulu rendre la réalité plus belle ? Glorifier jusque dans le trépas l’un de ses illustres contemporains ? Le mystère demeure encore sur ce point.

 

Un élément de propagande au service de la monarchie française 

 

Quoi que furent les motivations de Vasari, cette version revisitée des derniers instants de la vie de Léonard de Vinci constituaient une opportunité pour la monarchie française, en difficulté à quelques années du déclenchement de la Révolution de 1789. Soucieux de redorer le blason de la couronne, Louis XVI passa commande d’une série de grands tableaux figurant ses prédécesseurs dans des positions glorieuses, dont celui réalisé par Ménageot.

 

Présenté en 1781 au Salon (l’équivalent de nos salons d’art contemporain actuels), le tableau connaît un fort succès. Il fut rapidement copié et diffusé auprès de la population sous forme d’eaux fortes, de gravures et de dessins, contribuant ainsi à ancrer la réalité de la scène représentée dans la société.

 

Il semble faire peu de doutes que Ménageot et ses commanditaires savaient déjà à l’époque qu’il s’agissait d’une réécriture de l’Histoire. Lorsque Jean-Auguste-Dominique Ingres reprend à son compte le sujet du tableau quelques années plus tard (en 1818, tableau conservé au Petit Palais à Paris), c’est même une certitude !